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Dans le n° 89 - Mars 2015

Par Eric-Alban GIROUX

Directeur stratégie et finances du CH Argenteuil

Président de la conférence des DAF de la FHF Ile de France

Mots clés associés : Politique hospitalière

Que devra assumer l'hôpital de demain ?

Prévoir ... voir avant ... qu'il ne nous reste plus qu'à rire ou pleurer.

" Prévoir consiste à projeter dans l'avenir ce qu'on a perçu dans le passé. " Henri Bergson nous montre le chemin technique de la prévision qui est donc de se fonder sur ce qu'on maîtrise.

" Gouverner, c'est prévoir. " Emile de Girardin nous exprime l'objectif de la prévision que le bateau à gouverner soit de la taille d'une coque de noix ou de la taille d'un pays.

" Mes meilleures prévisions sont celles que j'ai faites après les événements. " Didier Hallépée nous rappelle que l'art est difficile et oblige à l'humilité et la prise de distance.

Le lecteur découvrira dans ce numéro une méthode de projection des besoins de santé à 15 ans. Cette méthode nous promet un avenir bouleversé par une forte progression des besoins de santé, due à une forte progression des populations les plus utilisatrices.

Mais, entre nous et à voix basse, ne nous doutions nous pas que :

la progression de nos aînés vers le zénith de la pyramide des âges allait bouleverser notre modèle sanitaire, social, assurantiel, économique ?

le principe de précaution inscrit dans la constitution allait rendre encore plus improbable pour chacun sa propre fin le conduisant parfois à surconsommer pour fuir l'inéluctable?

le modèle T2A allait renforcer les inégalités, laissant aux seuls hôpitaux publics ou ESPIC la cohorte grandissante de la population vieillissante et/ou précarisée non " monétisable " ?

" l'effet papillon " de Bénabar qui chante que " quand le financier s'enrhume, ce sont les ouvriers qui toussent ", aura transformé les crises financières mondiales en millefeuille français d'outils de contrôle hospitalier, sans pour autant provoquer de refonte de notre modèle sanitaire ?

les progrès en matière alimentaire, d'hygiène, de thérapeutiques allaient participer à reculer le fatal moyennant espèces sonnantes et trébuchantes ?

Entre nous et à voix basse, nous nous en doutions !

" L'avenir ne se prévoit pas, il se prépare. " écrit Maurice Blondel.

La phase technique et démonstrative est faite : le modèle proposé en est un parmi d'autres qui permet de comprendre le passé (bases PMSI), y projeter les variations de population ( + méthode INSEE), le moduler par les évolutions sociétales possibles ( + méthode DRESS), afin de donner une projection des besoins de santé des populations raisonnée et raisonnable.

Mais ce modèle ne sert à rien si on en reste au stade du contemplatif ordonné. Le vrai boulot arrive après : diffuser, convaincre, accompagner la compréhension, contester l'abscons et animer la discussion.

Comme souvent lors des changements de paradigme où le dogme prévaut parfois sur la raison, il est utile de se souvenir des bases qui font de nos établissements sanitaires un lieu :

d'exercice encadré, contrôlé, clos, protocolé et profondément humain ;

où la valeur morale a autant de poids que la valeur technique ;

où la relation à l'autre pour accompagner la maladie chronique, la mort mais aussi la guérison et la vie forme un tout qui transcende les spécialités, les générations, les origines, les professions.

C'est ce que Claude Bernard appelait en son temps la nécessaire homéostasie (capacité de conserver un équilibre de fonctionnement en dépit des contraintes extérieure).

L'hôpital hospitalier et soignant sera là demain, car il est pierre angulaire de l'équilibre sociétale et de la cohésion sociale.




Notes :


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