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Dans le n° 79 - Avril 2014

Par Roland CASH

Des pistes d'économies en améliorant la qualité des soins...


Comme l'évoquait l'éditorial précédent de Claude Le Pen, le gouvernement est à la recherche de quelques milliards d'euros pour maîtriser le gouffre financier de l'assurance-maladie. Mais les pistes évoquées pour trouver ces milliards laissent planer un air de déjà-vu. De gouvernement en gouvernement, les mêmes pistes sont poursuivies, malheureusement insuffisantes. Malheureusement car en l'absence de maîtrise de l'évolution des dépenses de santé, le modèle social basé sur une majorité de soins remboursés par l'assurance-maladie obligatoire risque de voler en éclat.

Le spectacle se répète à chaque législature. Le discours politique commence par invoquer la nécessaire croissance économique pour financer les politiques sociales ; sur ce point, à l'heure actuelle, le principe de réalisme prévaut, on ne nourrit plus trop l'espérance en des jours meilleurs pour financer nos soins ! La deuxième piste classiquement évoquée est la recherche de recettes supplémentaires, mais là aussi, cette piste est moins d'actualité depuis le constat général de " ras-le-bol fiscal "(1). La troisième voie, très présente dans les propos depuis quelques semaines, fait appel à la lutte contre les gaspillages, fraudes et autres abus. C'est certes utile et nécessaire de dépister ces problèmes et de récupérer les indus, mais on sait que les montants en jeu sont de l'ordre de 100 à 150 millions d'euros par an, c'est insuffisant. Une quatrième catégorie d'actions mise sur la prévention. Ceci dit, les politiques de prévention les plus " coût-efficaces " font appel à des actions en dehors du système de santé : prévention routière, diminution du taux de sel dans l'alimentation, promotion de l'activité physique... et en dehors du premier point, les résultats ne peuvent être observés que sur le long terme.

Restent les politiques de court terme, passant par les baisses de prix : médicaments, actes de biologie et d'imagerie, tarifs de GHS. On sent bien que, même si on admet l'existence de fortes marges de manoeuvre initiales, cela ne pourra pas durer des années.

Et donc, il ne reste plus que le recours à l'endettement...

Aussi, il va falloir rapidement passer aux étapes suivantes ; personne n'a la formule magique, aucun pays n'a trouvé la solution, même si certains termes ont bonne mine : efficience, qualité, pertinence des soins, mais ces notions sont aussi difficiles à faire passer dans les faits que faciles à énoncer dans les colloques.

La vérité est dure à dire et à entendre : la collectivité n'aura jamais assez d'argent pour faire face à une demande illimitée de soins et il faut opérer des choix, poser des barrières. Ces choix sont douloureux, et le fait de les reporter dans le temps les rendra encore plus douloureux.

Alors, dans ce contexte, pourquoi se priver d'actions porteuses à la fois d'amélioration des résultats de santé et d'économies ? De telles pistes existent ; elles pourraient permettre d'économiser de l'ordre d'1 milliard par an (en tenant compte des coûts des actions à engager pour atteindre les objectifs) : on peut citer le développement de la greffe rénale (en ne faisant que viser les résultats des régions les plus dynamiques en matière de greffe), la diminution de la polymédication chez les personnes âgées, en particulier des psychotropes, l'emploi des antibiotiques à bon escient, les actions contre la iatrogénie médicamenteuse en ville (notamment dans le maniement des anticoagulants), la prévention de passages aux urgences de personnes âgées pour des motifs inappropriés... Il y a là de quoi alimenter des politiques nationales dans un climat de consensus puisque toutes ces actions promeuvent le meilleur soin ! Et inutile d'ailleurs d'attendre des plans nationaux ; chaque établissement, chaque acteur du système peut oeuvrer dans son secteur pour poursuivre ces objectifs !



Notes :

(1) Une autre voie pour le moment hors-jeu est le transfert de dépenses sur les assurances complémentaires, via des déremboursements ou des augmentations de ticket modérateur ; cette voie, d'ailleurs, ne résout pas le problème de fond pour l'économie nationale.


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