La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

Déficit des hôpitaux : refusons la fatalité

Jean-Pierre DEWITTE

Directeur Général du CHU de Poitiers

Depuis vingt ans, nous baignons dans la culture du déficit, de l'État en premier lieu, qui n'atteint pas les critères de Maastricht ; déficit de l'Assurance Maladie, déficit des hôpitaux publics...

Est-ce donc si grave, il suffit d'emprunter !

Le déficit est synonyme de mauvaise gestion et source de culpabilisation des décideurs. Certains semblent se complaire dans la description des situations déficitaires ; les CHU ont multiplié par cinq leur déficit en 2017 ! Mais ce déficit ne représente que 0,8% des 32 milliards de budget des CHU ! Ces chiffres bruts masquent la réalité, à savoir que le déficit est concentré sur seulement quelques CHU sur les 32, mais ce que retiennent les commentateurs, c'est seulement la notion de déficit.

Mais pourquoi est-on ou devient-on déficitaire ? Éviter le déficit est simple : ne pas dépenser plus que ce que l'on gagne. Oui, mais dans nos établissements de santé, les prix des séjours ont baissé sans discontinuer depuis 2010. Dans ces conditions, combler un déficit est une mission titanesque.

Ceux qui étaient à l'équilibre basculent vers des moins-values de recettes tandis que ceux qui étaient déjà en déficit peinent à redresser la barre, malgré des systèmes contraignants : contrats de retour à l'équilibre, contrats de performance...

Que ce soit le budget global, le prix de la journée, la T2A, qu'il convient de garder, ou demain la facturation à l'épisode des soins, la solution ne viendra pas du mode de tarification tant que la régulation prix volume persistera.

Alors, le déficit est-il inéluctable ? Non, mais cela suppose un effort quotidien permanent pour traquer la dépense inutile, les organisations inadaptées.

Quelques principes simples doivent guider notre action :

Ne pas céder aux effets de mode, combien de dépenses informatiques
sans lendemain ;

Supprimer les organisations en silos dans nos établissements ;

Bouger les lignes, les organisations...

Faire varier en permanence les moyens en fonction des activités ;

Couper les branches mortes (études médico économiques), pertinences
des actes... mais créer de nouvelles activités ;

Prendre, après concertation, des décisions rapidement. Éviter les demi-mesures : supprimer 5 lits de chirurgie, c'est bien, mais il faut en supprimer 25 pour avoir tout de suite des résultats ;

Travailler ensemble dans les GHT pour mutualiser des activités ;

N'investir, sauf exception, que dans la limite de ses moyens.

Et bien sûr, ensemble, faire des choix stratégiques de développement. Par exemple, concevoir un laboratoire unique dans un établissement génère des économies certaines.

Nous avons la liberté d'être artisan de notre destin et de prôner une culture de l'excédent afin d'investir et de redistribuer aux agents les gains collectifs.

La clé de la réussite consiste à faire confiance aux directeurs d'hôpitaux et à leur laisser une liberté de gestion.

 

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