La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

Hommage à Claude Le Pen. Un éditorial de Mai 2012 : L'hôpital est-il une entreprise ?

 

On l'a entendu à satiété à droite comme à gauche : " l'hôpital, n'est pas une entreprise " ! Mais alors qu'est-ce que c'est ? Une administration publique ? Une association caritative ? En tant qu'entité juridique combinant des moyens matériels et humains pour produire des biens et des services dans un environnement donné, l'hôpital est bel et bien une " entreprise " ! Et ce n'est ni honte, ni une tare. D'autant que le concept est loin d'être univoque. Il existe une grande variété d'entreprises : des privées et des publiques, des commerciales et des non commerciales, des grandes et des (très) petites, etc. Définir l'hôpital comme " une entreprise publique de santé " n'a rien de choquant. La qualification d'entreprise, acceptée (voire revendiquée) par les établissements PNL, ne les empêche nullement de " participer au service public d'hospitalisation " ! Mais dans la bouche de ses détracteurs, la notion sert à dénoncer la logique " productiviste " que la T2A - toujours elle - est censée avoir introduit à l'hôpital public. Nous ne reviendrons pas sur cette question maintes fois abordée dans ces colonnes, sinon pour noter à quel point la T2A demeure largement inconnue, y compris de ceux qui en parlent avec assurance dans le débat public. " Il faut sortir du tout T2A " a t-on entendu alors que la T2A n'a jamais représenté que 70 à 75% de la ressource hospitalière (51% aujourd'hui ndlr). Ou " la T2A favorise les cliniques privées " alors qu'elle avait plutôt apporté un bol d'air à l'hospitalisation publique qui a regagné quelques " parts de marché ".

Peu nombreux sont ceux qui ont conscience que la T2A n'est qu'un moyen de répartir une enveloppe budgétaire fermée en fonction d'une mesure d'activité standardisée et comparative... Mais pour revenir à l'entreprise, je prendrai bien pour ma part - mi par provocation, mi par conviction - le point de vue inverse : l'hôpital n'est pas assez une entreprise ! Il n'est pas assez autonome pour élaborer sa politique médicale en fonction de son environnement et de ses moyens, il n'est pas assez managérial pour gérer efficacement sa ressource humaine, il n'est pas assez performant dans la mise en oeuvre de son système d'information et des solutions de suivi comptable et financier de son activité. Pourquoi ne pas affirmer une vraie politique d'autonomie des établissements hospitaliers publics, comme on l'a fait avec succès pour les universités ?

Pourquoi ne pas créer, pour certains établissements, un statut optionnel d'établissement hospitalier public autonome, un peu sur le modèle des " Foundation Trusts " britanniques qui sont des entités légales indépendantes de droit public, gérées par un board de personnalités locales et disposant d'une large autonomie financière. Pourquoi ne pas relâcher une tutelle nationale et régionale souvent étouffante (voir le rapport Fourcade sur la mise en oeuvre de la loi HPST !) ? Pourquoi ne pas faire confiance à des acteurs locaux autonomes dans le cadre d'une délégation de pouvoir régulée et contrôlée ? Le statu quo est-il si enviable qu'il faille s'y accrocher ?

 

 

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