Imprimer

Dans le n° 44 - Février 2011

Par Catherine Hontebeyrie-Soulié

Mots clés associés : Contrôle financier

Vers la généralisation d'un climat de suspicion à l'encontre des managers hospitaliers ?

Cette année sera t- elle l'année de tous les dangers pour le système de santé et ses managers ?

Une instruction ministérielle adressée aux comptables publics leur demande de " dénoncer " auprès des ARS les erreurs de gestion des directeurs d'hôpital. La profession en a pris ombrage et a fait part de son mécontentement avec une belle unanimité puisque les protestations émanent de la FHF, des conférences des directeurs de CHU et de CH et des syndicats représentatifs de la profession.
Il est notamment précisé qu'une telle procédure " ne peut être vécue que comme une marque de discrédit à l'encontre des directeurs des EPS " de plus en plus souvent stigmatisés comme " responsables des difficultés financières rencontrées par la plupart des hôpitaux publics ".

S'il est entendu que la responsabilité résultant de la gestion des deniers publics impose un nécessaire contrôle quant à leur utilisation (cf. " Le devoir d'alerte du comptable public " de J.B Mattret in Finances hospitalières n°43, janvier 2011), les termes employés pour la mise en oeuvre de cette procédure semblent mal choisis : outre le fait qu'elle vise des directeurs qui sont dans leur très grande majorité des fonctionnaires eux-mêmes, des corps de contrôle et des procédures spécifiques de vérification existent déjà. Pourquoi alors risquer d'altérer encore la lisibilité d'un ensemble de procédures déjà complexe ?
La saine et productive collaboration qui existe la plupart du temps entre comptable public et directeur et qui permet souvent de prévenir ou d'aplanir les nombreuses difficultés ( de paiement, de trésorerie, de recouvrement, de gestion de la dette, de relation avec certains fournisseurs voire avec les personnels s'agissant du versement des primes) qui jalonnent la vie d'un hôpital n'est-elle pas préférable au risque de créer un climat de suspicion entre deux professionnels qui devraient rester partenaires et non pas s'opposer ?

Partager certaines difficultés, faire face ensemble dans certaines circonstances n'est en rien exclusif du rôle de chacun et du respect de celui-ci par l'autre.
Qu'aura à gagner l'hôpital public de la mise en oeuvre d'une telle procédure ? Après tant de récentes et importantes réformes, celui-ci n'a-t-il pas désormais besoin d'apaisement et de stabilité ?
Il y a là un type de contrôle qui, certes, n'est pas tout à fait nouveau de la part du comptable public dont c'est le rôle, mais dont les conséquences demeurent inédites et témoignent d'une démarche centralisatrice qui porte une nouvelle fois atteinte à l'autonomie du directeur d'hôpital. Si les pouvoirs publics, alertés par le mécontentement exprimé par la profession, envisagent déjà une modification de cette procédure contestée, l'allégement des contrôles en tout genre, de la bureaucratie, des réglementations n'est à l'évidence pas à l'ordre du jour... Tout cela est fort dommageable car le directeur se trouve contraint de plus en plus souvent d'adopter une démarche défensive dans l'instruction des dossiers qu'il a en charge au lieu de travailler prioritairement à améliorer la prise en charge des patients



Articles liés


recevoir la newsletter

s'inscrire à la Newsletter