La mise en place du contrôle de gestion de territoire, un axe essentiel au développement des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT), un point majeur dans la stratégie d'adaptation à la réforme de financement des activités de psychiatrie
Sixtine BRENEK, Camille VINCENT, Philippe PARADIS,
Médecins DIM de territoire,
Omar MERABET,
Ingénieur en charge du contrôle de gestion de territoire,
Aurélien PARIENTE,
Adjoint au Directeur,
Bruno GALLET, Directeur.
Groupement Hospitalier de Territoire Psychiatrie Nord Pas-de-Calais
Lorsque la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 instituant les GHT a été votée, les commentateurs ont beaucoup insisté sur l'importance de la deuxième fonction « assurée par l'établissement support pour le compte des établissements parties », à savoir le Département d'Information Médicale de Territoire. Cette fonction mutualisée, du fait de sa dimension très stratégique, amenait à pointer la perspective que les GHT, au fil des réformes successives, seraient de plus en plus intégratifs, avant d'aboutir à des fusions. À l'époque, en revanche, personne n'a souligné que ces nouveaux DIM de territoire, pour pleinement préfigurer « une stratégie de groupe » dans la restructuration de l'offre de soins et contribuer à la définition d'axes transversaux pour le pilotage des activités cliniques, devaient s'accompagner d'un contrôle de gestion de territoire.
Dans le contexte de mise en oeuvre progressive de la réforme de financement des activités de psychiatrie, les trois établissements de la direction commune, les EPSM Lille-Métropole, Agglomération Lilloise et Val de Lys-Artois du GHT Psy Nord Pas-de-Calais, ont mis en place par un travail commun du DIM de territoire, de la Direction générale et d'un chef de projet un contrôle de gestion de territoire. Les déterminants de la mise en place d'un contrôle de gestion de territoire seront rappelés, avant d'aborder les modalités de sa mise en oeuvre.
Les déterminants de la mise en place d'un contrôle de gestion de territoire
Le déploiement de la réforme du financement des activités de psychiatrie nécessite de renforcer la dimension médico-économique du pilotage, mais, contrairement au secteur Médecine-Chirurgie-Obstétrique (MCO), la conduite de ce changement nécessite une approche triptyque pour un pilotage global.
Le contrôle de gestion de territoire : un pivot médico-économique à l'heure
de la réforme de financement en psychiatrie
La mise en place du contrôle de gestion de territoire dans ce GHT de psychiatrie intervient à un moment où la réforme du financement entre dans sa phase pleinement opérationnelle. Dans un environnement où les dotations populationnelles et file active sont désormais sécurisées jusqu'en 2028, la question n'est plus de comprendre la mécanique du modèle, mais d'organiser, sur chaque territoire, un pilotage capable de traduire les parcours réellement produits et d'anticiper les effets d'une réforme dont la montée en charge commence. Les EPSM doivent désormais lire différemment leur activité, non plus simplement comme une somme de journées ou de venues, mais comme un ensemble de trajectoires dont la pondération conditionne directement la part de dotation populationnelle (DOT POP) et de Dotation à la File Active (DFA) qui leur reviendra.
Le contrôle de gestion de territoire s'inscrit précisément dans cette transformation. Il constitue un espace d'intégration entre le DIM, les directions financières, les pôles cliniques, la qualité et la gestion des ressources humaines. Dans la logique du modèle, la psychiatrie n'est plus financée sur le volume brut, mais sur une articulation complexe de critères territoriaux, de file active, d'intensité de prise en charge et de qualité du codage. La dotation populationnelle représente environ 80 % du financement pour les établissements ex-DAF, et la dotation file active 15 %, mais les compartiments évoluent selon des règles concomitantes, régionales et nationales ainsi que des spécificités de nature et d'organisation de l'offre de soin des établissements. Cette distinction impose un pilotage d'autant plus intégré que les enveloppes évolueront à partir des données actuellement produites, et que la sécurisation n'est que transitoire.
Le pilotage territorial s'articule autour d'un triptyque désormais indispensable : un pilotage médico-économique permettant de lire l'activité réelle à travers le RIMP et les pondérations associées ; un pilotage social capable d'interroger l'adéquation des ressources humaines aux charges constatées ; un pilotage des achats permettant d'objectiver les impacts financiers des organisations. Ce triptyque n'est pas un ajout méthodologique : il découle directement des déterminants du modèle. La file active ne se comprend pas sans la structure des parcours ; ceux-ci ne se comprennent pas sans les organisations ; et ces dernières ne se lisent qu'au travers des moyens engagés. Le contrôle de gestion de territoire réunit ces trois dimensions dans une lecture unique et opérationnelle.
Un contexte en mutation d'un nouveau genre : pourquoi la psychiatrie
ne se pilote pas comme le MCO ?
La psychiatrie évolue dans un cadre de pilotage fondamentalement différent de celui du MCO. Si le pilotage hospitalier repose partout sur la même trilogie conceptuelle, l'activité produite, les moyens engagés et les ressources mobilisées, la manière dont ces trois dimensions s'articulent diverge profondément entre les deux secteurs. Le MCO fonctionne sur un modèle essentiellement volumique, structuré par la T2A et par des séjours courts, standardisés, dont la valorisation dépend de la DMS, de la productivité et des sévérités. La psychiatrie, au contraire, ne peut être appréhendée par une lecture de flux entremêlés : elle relève d'une logique territoriale et qualitative, fondée sur la dotation populationnelle, la file active réelle, la mobilité des équipes, l'intensité des prises en charge, la place croissante de l'ambulatoire renforcé et la pluralité des configurations organisationnelles. Les temporalités y sont longues, les trajectoires non linéaires et les prises en charge souvent pluri-institutionnelles. Dans ce paysage, la dimension humaine demeure un déterminant majeur des organisations et des résultats. Cette spécificité rend indispensable un pilotage adapté, capable de traduire la complexité des parcours et des intensités de soins en données intelligibles. La réforme de financement renforce cette nécessité : en substituant à une logique de volume une logique de pertinence, de qualité et de cohérence territoriale, elle exige une lecture fine des trajectoires pour anticiper leurs impacts médico-économiques et organisationnels. C'est précisément dans cette capacité à interpréter la singularité des prises en charge en psychiatrie que se joue la réussite du nouveau modèle.
Le contrôle de gestion de territoire : une approche triptyque au service
d'une ambition de pilotage global
Le rôle du Contrôle de Gestion de Territoire (CGT) est d'analyser, structurer, dialoguer. Ce dernier ne juge pas, il éclaire. Les décisions appartiennent aux pôles, mais il fournit les indicateurs et les analyses nécessaires pour piloter efficacement.
Il repose ainsi sur un triptyque, non pas théorique, mais directement issu de la structure du modèle. La dimension médico-économique vise à relire l'activité non comme une suite de journées ou de venues, mais comme un ensemble de trajectoires pondérées, dont la valeur dépend du niveau d'intensité, de la nature des prises en charge et, parfois, des majorations spécifiques, telles que la coordination ou les supplémentations applicables aux suivis intensifs. Le passage du temps complet au temps partiel, la dynamique ambulatoire, les suivis en CMP ou hors lieu de soins, les paliers enfants ou adultes, ou encore les effets des coefficients Soins Sous Contrainte (SSC), constituent des déterminants essentiels dont les directions, comme les praticiens et soignants en responsabilité de pôle doivent mesurer les conséquences financières.
La dimension sociale du pilotage territorial s'inscrit naturellement dans cette lecture. La DFA, en associant à chaque patient une valorisation en points convertibles en euros, rend visible la relation entre intensité, parcours et charge réelle pour les équipes. Ce n'est plus seulement l'activité qui varie, mais la nature du travail à produire. Dès lors, la cohérence entre ressources et charges devient un enjeu essentiel : comment apprécier les besoins d'un pôle dont l'activité brute aurait diminué, mais dont la part des suivis rapprochés et intensifs aurait augmenté ? Comment anticiper les conséquences de la variabilité entre M6 et M12 sur les organisations internes ? Comment objectiver la nécessité d'un renfort dans un CMP dont la file active stagne, mais dont les cas complexes représentent une part croissante des prises en charge ? C'est tout l'intérêt du pilotage social territorial, indissociable de la lecture médico-économique.
Le troisième volet, celui des achats, découle lui aussi du modèle. Les trajectoires des pôles, les arbitrages cliniques, les évolutions internes produisent des effets sur les besoins en ressources matérielles, en marchés et en équipements. Dans un contexte où les dotations évoluent et où les effets redistributifs peuvent être significatifs, une lecture territoriale des achats devient indispensable. Elle permet de sécuriser les marchés, d'intégrer les besoins des trois EPSM, d'anticiper les impacts de la transformation, notamment en pédopsychiatrie, où plusieurs mesures nouvelles ont été réintroduites dans les compartiments de transformation. La compréhension fine des mesures ciblées (CMP, psychiatre de liaison, pédopsychiatrie renforcée, CRA, AFT, SAS psychiatrique, dispositifs autisme) ne peut être dissociée des décisions d'achat, car elle conditionne l'effort réel demandé à chaque établissement.
Cette approche intégrée permet de dépasser la logique purement budgétaire pour offrir une vision stratégique des organisations.
Les modalités de mise en oeuvre du contrôle de gestion de territoire
La mise en oeuvre doit s'appuyer sur une conception renouvelée par le DIM de son rôle, de ses missions et outils. Afin de relier le DIM et le contrôle de gestion de territoire sur un plan institutionnel et transversal, la création de la Cellule Médico-économique Territoriale (CAMET) apparaît comme une étape cruciale du déploiement.
Un renouvellement de son approche par le DIM de territoire
La réforme du financement en psychiatrie, la réforme des autorisations d'activité et la redéfinition des modes de prise en charge ont des conséquences en termes de performance et de perception des activités médicales en psychiatrie. Ces réformes renforcent considérablement l'utilité des données de l'information médicale traitées par le DIM dans le champ de la psychiatrie.
Les dimensions de l'analyse de gestion, de l'approche médico-économique sont maintenant nécessaires au pilotage des établissements, des pôles et des secteurs et unités qui les composent.
Pour les Départements de l'Information Médicale en psychiatrie, c'est un nouveau champ qui s'ouvre avec des caractéristiques propres et partiellement différentes des autres champs du sanitaire.
En premier lieu, c'est le choc culturel par suite de l'arrivée de l'évaluation médico-économique dans un univers de communautés soignantes (et administratives) qui, jusqu'alors, était quasiment sans objet. Lier les dotations avec l'activité en attribuant aux formes d'activités des valorisations différentes en nature complexifie considérablement l'exercice.
La dimension territoriale, en résonnance avec la base de fonctionnement des secteurs psychiatriques et une population à desservir, élargit considérablement les objets d'étude. On peut se référer à la patientèle, mais aussi à la population des secteurs de l'établissement.
Une approche DIM-DAF comme celle du champ MCO ne suffit pas. La nature des objets à étudier n'est pas celle du MCO et du SMR. En effet, en psychiatrie, la description de l'activité reprise par le RIM-P et traitée sous forme de Dotation à la File Active (mal nommée puisque financement à l'acte pour l'hospitalisation ou aux paliers d'actes pour l'ambulatoire) est plus en lien avec l'ensemble des prises en charges de l'usager pendant l'année civile que des événements pris isolément.
Le recueil des informations de mouvements (journées venues, actes EDGAR-X), regroupés uniquement pour l'ambulatoire en paliers d'actes selon certaines considérations restrictives de type d'actes, lieux unités productrices est une base de données clé.
La durée des prises en charge des usagers doit être étudiée par événement de prise en charge, par séjour ou ensemble d'événements de prise en charge, mais également pour l'intégralité du suivi du patient dans l'histoire de sa maladie, et les bornes d'étude par année civile ont un impact sur ces approches. Le séjour comme la morbidité ne sont pas pour l'ambulatoire particulièrement pertinents. C'est l'ensemble du parcours et l'association des modalités de prise en charge qui caractérisent tant les dépenses que les recettes qui peuvent être générées par un patient et sa prise en charge.
Les morbidités, qui ne sont pas déterminantes dans la valorisation des prises en charge, méritent pourtant d'être étudiées, ne serait-ce que pour regrouper les patients selon des critères médicaux et étudier les différents types de parcours.
À la suite d'une prise en charge pour une souffrance psychique invalidante ou une maladie psychiatrique, les objectifs de soins sont définis, mais nous sommes toujours en extrême difficulté pour mesurer notre efficacité. En effet, les indicateurs de résultats en termes de variation d'état de santé restent exceptionnels. Cependant, la mesure des activités réalisées, séjours, journées, venues, actes ambulatoires permet de définir une approche d'efficacité qui éclaire déjà les établissements sur leur organisation.
La mesure de l'efficience peut se référer à la capacité d'utiliser les ressources disponibles de manière optimale pour atteindre les résultats en volume de soins et réalisations de procédures de prise en charge.
La performance d'une organisation peut être vue comme un équilibre entre ces deux dimensions. Être à la fois efficace (atteindre les objectifs) et efficient (utiliser les ressources de manière optimale). Une performance optimale se manifeste lorsque les objectifs sont atteints avec un minimum de ressources, créant ainsi une valeur ajoutée pour l'organisation.
Ainsi, pour le DIM, un premier niveau d'étude mesure volume et qualité, et les compare selon des indicateurs simples : indicateurs d'activité, indicateurs de moyens et indicateurs de résultats (process).
Au-delà de l'approche DIM-DAF, l'étude de la performance organisationnelle utilise des indicateurs multidimensionnels, des scores relatifs aux activités-organisations, moyens, résultats (process).
À la suite des indicateurs suggérés historiquement par l'ANAP et la MEAH, la réforme du financement de la psychiatrie nous apporte une nouvelle série d'indicateurs avec des points (traduisibles en euros) associés à la prise en charge d'un patient durant l'année civile.
Une approche populationnelle du fait de la ZIS (Zone d'intervention des secteurs), l'étude des taux de recours et la ressource per capita (approche populationnelle) pour enrichir la réflexion sur les dotations populationnelles sont des paramètres de l'équation de ce nouveau financement.
L'étude de la performance et la détermination de tout un ensemble d'indicateurs d'efficience prennent plus d'intérêt dans l'analyse de l'activité.
La première étape, pour le DIM, consiste à replacer chaque indicateur dans son bon périmètre d'analyse. En psychiatrie, on ne peut pas lire l'activité sur un seul niveau : elle s'apprécie en même temps à l'échelle de l'établissement (FINESS juridique ou géographique), du pôle, du secteur et de l'unité fonctionnelle. Chaque strate éclaire une dimension différente : l'établissement donne la vision territoriale, le pôle celle des arbitrages cliniques, le secteur celle de la mission de proximité, et l'unité apporte la finesse nécessaire pour comprendre les prises en charge concrètes. À cela s'ajoute la segmentation médicale : psychiatrie adulte, pédopsychiatrie, périnatalité, soins sans consentement, qui génèrent des dynamiques et des intensités très différentes selon les publics suivis.
La deuxième dimension concerne les formes d'activité, que le RIM-P décrit aujourd'hui avec une précision utile : hospitalisation complète et ses variantes, hospitalisation à temps partiel, ambulatoire, interventions hors les murs, activités spécifiques comme la psychiatrie pénitentiaire ou la liaison en milieu somatique. Cette diversité oblige à adapter l'analyse : certains indicateurs fonctionnent partout, d'autres ne font sens que pour une modalité donnée, et certains deviennent même contre-productifs lorsqu'on les applique à des pratiques ambulatoires ou intensives.
Les indicateurs de processus, ceux qui décrivent l'activité brute, constituent la base de la lecture. La file active, le nombre de nouveaux patients, la file active pondérée, la proportion de monoconsultants, la structure des venues (journées, demi-venues, venues strictes ou calculées), le détail des actes EDGAR et EGA, ou encore les actes réalisés en télé-expertise, permettent de comprendre la volumétrie et l'organisation réelle des prises en charge. Pour être interprétables, ils doivent intégrer les conditions de réalisation : lieu de soins, intervenants, modalités, distinction entre CMP, HDJ, hors les murs, pénitentiaire ou de liaison. Ces nuances pèsent directement sur les pondérations, donc sur la valorisation et sur la part de DFA que l'établissement peut obtenir.
Certaines activités introduites plus récemment dans les modèles régionaux méritent une attention particulière : hospitalisation complète sans consentement, hospitalisation des mineurs, unités mère-bébé, équipes mobiles, centres de réhabilitation psychosociale, dispositifs de précarité, liaisons aux urgences. Leur lecture offre souvent des éléments essentiels de compréhension qui échappent à une approche purement quantitative.
Les indicateurs structurels, comme la Durée Moyenne d'Hospitalisation, la Durée Moyenne de Séjour ou les taux d'occupation théorique et réel, éclairent ensuite la dynamique des organisations : tension ou relâchement des unités, capacité d'absorption, effets de flux, saisonnalités.
La troisième dimension est celle des parcours. Les taux de réhospitalisation (à 3, 7 ou 30 jours), les flux hors secteur (importations et exportations), la proportion de séjours longs en soins libres, la répartition soins libres / soins sans consentement, le taux de premières prises en charge, les trajectoires multiples ou complexes, la durée moyenne de prise en charge, tout cela renseigne sur la cohérence territoriale, la segmentation de l'offre, la capacité de continuité des soins et les tensions entre secteurs. Ces données doivent être rapprochées de la file active et des niveaux d'intensité, car une file active stable peut masquer une hausse nette de la complexité clinique.
La quatrième dimension concerne les données PMSI, qui deviennent un appui indispensable : taux de DP, nombre moyen de DAS, actes CCAM, qualité du recueil. Même si ces données ne conditionnent pas directement la valorisation comme en MCO, elles aident à caractériser les parcours et les profils de patients (notamment pour les troubles F20 à F31), à repérer les variations et à comprendre les besoins.
Les indicateurs de résultats viennent ensuite interroger l'utilité réelle de l'activité : quelle part de la population est effectivement prise en charge ? Quelle est la part hors secteur ? Le territoire est-il couvert de façon homogène ? Les patients restent-ils longtemps parce qu'ils en ont besoin, ou parce que l'organisation les y conduit ? Ces indicateurs n'évaluent pas directement l'efficacité clinique, difficile à mesurer en psychiatrie, mais ils éclairent la cohérence entre l'offre et les besoins du territoire. Leur interprétation repose sur la qualité du codage et la complétude du recueil.
Enfin, les indicateurs d'efficience mettent en lien l'activité et les moyens mobilisés : activité par heure d'ouverture des CMP, taux d'hospitalisation rapporté aux lits disponibles, productivité des équipes, dépenses moyennées par file active ou par habitant, coût du point DFA par unité, secteur ou pôle. Ils permettent d'identifier les marges de manoeuvre, les tensions organisationnelles ou les zones pour lesquelles l'effort fourni est disproportionné par rapport au rendement obtenu.
À cela s'ajoutent les indicateurs d'intéressement : isolement-contention, attractivité territoriale, DQC, IFAQ, qui apportent une dimension qualitative indispensable.
Finalement, ce n'est pas l'accumulation d'indicateurs qui apporte de la valeur, mais la capacité à les lire ensemble, de manière cohérente et interprétée. Le rôle du DIM évolue donc : il ne se limite plus à produire des données, il en donne une lecture ; il ne décrit plus seulement l'activité, il la qualifie. Et c'est cette qualification qui permet au contrôle de gestion de territoire, via la CAMET, que nous allons présenter ci-après, d'objectiver les trajectoires, de comprendre les écarts et d'anticiper les effets du modèle.
La CAMET : un espace de cohérence et d'innovation, pont entre le DIM
et le contrôle de gestion de territoire
Institutionnalisée récemment, la Cellule Médico-Économique Territoriale (CAMET) incarne cette transformation.
La CAMET s'est progressivement imposée comme l'instance opérationnelle centrale de l'intelligence médico-économique territoriale. Sa vocation n'est pas de décider, mais d'objectiver. Elle constitue un espace où les données d'activité, les analyses médico-économiques, les retours cliniques et les informations issues des pôles sont réunis afin d'établir une lecture stabilisée de la dynamique d'un territoire. Dans un contexte où les ARS ajustent encore leurs méthodes d'allocation infra-régionale et où les CCAR psychiatriques documentent de manière plus fine les activités spécifiques régionales, cette capacité à lire et interpréter les données locales devient essentielle. L'enjeu dépasse d'ailleurs la seule dimension financière : il est organisationnel. Les trajectoires des pôles, les seuils d'intensité dans les suivis ambulatoires, les majorations Hors Lieux de Soins (HLS) appliquées à certains patients, la distinction entre ambulatoire exclusif et prises en charge mixtes, ou encore la segmentation entre activités adultes et enfants, sont autant de paramètres que le contrôle de gestion territorial doit traduire précisément pour sécuriser la soutenabilité du modèle.
La CAMET est précisément le lieu où toutes ces dimensions convergent. Elle articule le travail du DIM, les analyses du contrôle de gestion de territoire, la vision des pôles, les contraintes réglementaires et les informations stratégiques remontées par les directions. Elle ne tranche pas, mais éclaire et offre la possibilité d'une argumentation qui s'appuie sur des données partagées. Elle examine les pondérations appliquées aux différentes formes d'activité, interprète leurs évolutions au fil des mois, documente les écarts, analyse les variations entre M6 et M12, identifie les phénomènes saisonniers et mesure les impacts structurels liés notamment aux ouvertures ex nihilo dans le secteur ex-OQN. Dans un contexte où la sécurisation commence à s'alléger progressivement et où les établissements « gagnants » comme « perdants » devront absorber davantage d'effets réels, la capacité à anticiper, analyser et objectiver devient stratégique. La CAMET permet ainsi d'offrir une lecture intelligible de phénomènes parfois complexes, où la variation d'un indice ou d'un coefficient peut traduire une dynamique organisationnelle profonde.
Cette fonction d'objectivation se traduit également dans ses missions opérationnelles. La CAMET analyse les activités médico-économiques des établissements du territoire pour produire une vision consolidée de la production réelle et de ses impacts. Elle prépare la réforme en cours en réalisant, dès 2025, des simulations financières permettant d'anticiper les évolutions de dotations et les effets redistributifs potentiels. Elle accompagne la contractualisation des pôles en construisant des objectifs, en définissant des indicateurs robustes et en assurant le suivi des écarts constatés. Elle produit, lorsque nécessaire, des alertes et des recommandations permettant d'anticiper les impacts budgétaires et organisationnels, en particulier lorsqu'une évolution d'activité, une variation de pondération ou un phénomène ponctuel risque de modifier significativement la trajectoire d'un pôle ou d'un établissement.
La richesse de la CAMET tient aussi à sa composition, qui reflète la diversité des déterminants du pilotage psychiatrique contemporain. Elle réunit les médecins DIM, les contrôleurs de gestion, les TIM, les représentants de la cellule qualité, les directions des soins, les directions administratives et financières, les membres désignés des CME et des experts mobilisés selon les besoins. Ce croisement de compétences permet de relier le monde médical, le secteur financier, la dimension organisationnelle et le paramètre réglementaire, pour aboutir à une lecture réellement intégrée. Son fonctionnement repose sur un rythme régulier, avec des réunions mensuelles dédiées au suivi des expérimentations et de la production des données, des bilans trimestriels pour stabiliser les analyses, et des rapports d'alerte en cas de dérive significative. Des sous-groupes thématiques viendront compléter ce dispositif en approfondissant des problématiques spécifiques, qu'il s'agisse de la facturation, de l'ambulatoire, de l'hospitalisation prolongée, de la mobilité des équipes ou de toute autre dimension nécessitant un travail ciblé.
Ainsi structurée, la CAMET devient un véritable instrument de gouvernance médico-économique. Elle relie les évolutions du modèle de financement aux réalités de terrain, éclaire les organisations, stabilise la lecture du territoire et permet aux directions comme aux pôles de prendre des décisions en connaissance de cause. Dans un environnement où les paramètres évoluent, où les pondérations se réajustent, où les volumes d'activité ne suffisent plus à décrire la production réelle, et où la pertinence, l'intensité et la qualité deviennent des axes centraux du financement, cette capacité à anticiper et à objectiver représente un atout décisif pour réussir la transition vers 2026.
Conclusion
La réforme du financement des activités de psychiatrie ne se jouera pas sur un paramètre ou un indicateur. Elle se jouera sur la capacité des établissements à produire une lecture territoriale cohérente, à comprendre ce que les données disent réellement des prises en charge, à relier les organisations à leurs effets, à documenter la pertinence, à analyser la qualité du codage, et à éclairer les arbitrages des directions. Le contrôle de gestion de territoire incarne cette fonction. Il transforme les données du RIMP en trajectoires lisibles, les trajectoires en impacts médico-économiques, et ces derniers en décisions. Dans un système où la performance repose sur l'efficience et l'efficacité telles que définies par la DGOS, il devient la clé de voûte du pilotage contemporain des activités de psychiatrie.


