La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

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ÉDITORIAL - ÉVÈNEMENT

Quand les banques historiques désertent l'hôpital

Anthony ARMAND

Depuis plusieurs mois, une situation préoccupante s'installe : certains hôpitaux français, quelle que soit leur taille, à l'exception notable des CHU, se heurtent à une absence de réponse lors de leurs consultations bancaires destinées à financer leurs investissements. Plus inquiétant encore, certains partenaires historiques semblent se désengager progressivement, rompant un dialogue pourtant essentiel. Cette situation ne peut être réduite à une simple question technique ou financière. Elle engage une responsabilité collective majeure.

Les hôpitaux publics ne sont pas des acteurs économiques ordinaires. Ils incarnent une mission fondamentale, celle de soigner, protéger, innover et garantir un accès équitable aux soins. Derrière chaque demande de financement, il ne s'agit pas d'un projet parmi d'autres, mais de décisions concrètes qui conditionnent la vie des patients : maintien de services vitaux, acquisition d'équipements critiques, modernisation des infrastructures. Refuser d'y répondre, c'est, de fait, fragiliser l'accès aux soins. Et chacun d'entre nous est concerné. Car nous sommes tous, à un moment ou à un autre, des patients potentiels. Peut-on accepter de bénéficier de ces services essentiels sans contribuer, même indirectement, à leur financement ?

Des exemples récents sont particulièrement révélateurs, tels que le financement du transfert d'un service de néonatalité ou la restructuration d'un bloc opératoire accom­pagnée de la création d'une unité ambulatoire et de l'acquisition d'un robot chirurgical.

Il est également impératif de rappeler que les hôpitaux publics s'inscrivent dans un cadre institutionnel sécurisé. Placés sous la tutelle de l'État, leur gestion est encadrée, leurs budgets validés, et leur continuité garantie. En d'autres termes, leur solvabilité ne relève pas uniquement de logiques de marchés classiques. Ignorer leurs sollicitations revient, indirectement, à ignorer la solidité de l'engagement public qui les soutient.

Dans ce contexte, le silence ou le retrait des établissements bancaires historiques apparaît non seulement incompréhensible, mais difficilement justifiable. Cette posture fragilise des structures déjà sous tension et, au-delà, met en péril l'équilibre global de notre système de santé. Elle pose également une question de fond : quel rôle les banques souhaitent-elles réellement jouer dans notre société ? Celui d'acteurs strictement guidés par une lecture immédiate du risque, ou celui de partenaires engagés aux côtés des services essentiels ?

Historiquement, les banques ont été des piliers du financement des grandes infrastructures publiques. Elles ont contribué à construire les fondations mêmes de notre quotidien. Les hôpitaux font partie de ces fondations. S'en détourner aujourd'hui, c'est rompre un pacte de confiance ancien et structurant. Une prise de conscience claire et une reprise active du dialogue sont nécessaires. Il ne s'agit pas de nier les contraintes prudentielles ni les exigences de gestion du risque, mais de reconnaître la singularité du secteur hospitalier public et la garantie structurelle qu'offre l'État. Des solutions d'affacturage inadaptées aux réalités de la gestion hospitalière ne répondent par ailleurs pas au besoin des établissements et ne sauraient se substituer aux besoins de lignes de trésorerie.

Répondre aux besoins de financement à court et long terme des hôpitaux, c'est répondre à une mission d'intérêt général. C'est contribuer concrètement à la continuité des soins et à la résilience de notre système de santé. Se désengager, c'est transférer le financement vers le reste de l'économie (augmentation des délais fournisseurs notamment) ou entre hôpitaux eux-mêmes... et ce n'est plus acceptable.

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Décembre 2025

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