Santé de demain : du curatif au préventif, l'urgence d'un changement de paradigme
Dr Fabrice DENIS
MD PHD
Président
Instituts Astrium
Hicham TEMSAMANI
CEO H.B.T
Group France
Jacqueline HUBERT
Consultante
stratégique santé Hubert33 Consulting
Face à l'essoufflement du modèle curatif traditionnel et à l'explosion des maladies chroniques, la prévention et la longévité s'imposent désormais comme les piliers d'une refondation attendue de notre système de santé.
La prévention a été au coeur des débats, qu'il s'agisse de la surveillance épidémiologique par l'analyse des eaux usées, des mesures personnalisées grâce à la génomique, à l'épigénétique ou encore du recours à l'intelligence artificielle pour un suivi médical plus fin et efficace. Les avancées en biomarqueurs et en médecine ultra-personnalisée ouvrent la voie à une prise en charge prédictive et ciblée, capable de retarder ou d'éviter l'apparition des pathologies liées à l'âge. Mais, l'enjeu de la prévention est aussi économique : une prévention efficace permettrait de générer des économies substantielles tout en améliorant la qualité de vie des citoyens.
Le cadre réglementaire, encore trop rigide, doit évoluer lui aussi pour favoriser l'accès à la médecine prédictive, en particulier la génomique, en garantissant toutefois la sécurité de ses usages. Enfin, la transformation numérique, si elle est pilotée de manière éthique et inclusive, permettra de déployer des services de prévention pour tous, en assurant un continuum de soins et une supervision efficace des parcours patients. La donnée en santé doit à cette fin être : fiable, accessible et interopérable.
Si la science et les technologies avancent, rien ne se produira sans un changement du financement du système de santé, car les ressources financières étant ce qu'elles sont, il sera nécessaire d'opérer un transfert direct et progressif des financements du curatif vers le préventif. La prévention concerne tout autant la médecine de ville que la médecine hospitalière.
Pour ce qui est de l'hôpital, la Loi de financement de la Sécurité sociale de 2019 prévoyait pourtant déjà de transformer les crédits de l'hospitalisation pour 2 maladies chroniques, l'insuffisance rénale et le diabète, en financement d'actions de prévention. Les sociétés savantes de ces disciplines s'étaient alors accordées à dire dans un premier temps (avant qu'elles ne se rétractent) qu'il n'y avait pas besoin de lits d'hospitalisation, à de très rares exceptions près, pour ces prises en charge, et que les actions de préventions des complications : dialyse, pied diabétique... apportaient plus de bien-être au patient et amélioraient les finances publiques.
Si, en 2026, la mise en place des Forfaits Médecin Traitant pour les médecins libéraux est un vrai plus, il s'ajoute aux consultations, ce n'est donc pas un levier suffisant pour transformer définitivement les prises en charge. Pour ce qui est de l'hôpital, il semble que seul le forfait Maladie Rénale Chronique se soit mis en place sans remise en cause des capacités en lits de spécialités.
Pour transformer le financement du système de santé, il faut une volonté politique forte et assumée. Il s'agit de mettre en place un cercle économique vertueux : investir dans la prévention et la donnée pour réduire les hospitalisations évitables et les actes redondants, puis réinvestir les économies ainsi générées dans les infrastructures numériques et la prévention. Les freins corporatistes et administratifs sont connus, les solutions techniques sont déjà théorisées. L'heure n'est plus aux commissions ni aux rapports d'étude, il en va de la soutenabilité de nos finances publiques et de la pérennité de notre système de santé au service des patients.
Quelle forme doit-il prendre ? Réduction des tarifs d'hospitalisation des spécialités concernées ? Transformation de crédits d'hospitalisation en dotation populationnelle ? Financement de la qualité basé sur la réduction des complications des maladies chroniques ? Quelle que soit la méthode retenue, il faut agir et vite ! Ceci, dans l'intérêt des patients qui vivront mieux et plus longtemps avec leurs maladies chroniques, du progrès médical et de la motivation des soignants, des industriels qui trouveront des débouchés à leurs innovations, des finances publiques qui seront plus soutenables. Il nous faut aujourd'hui bâtir un système de santé plus résilient, durable et humain. La prévention et la longévité ne sont plus des options, mais des nécessités pour répondre aux défis du XXIe siècle.

