La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

Des milliards supplémentaires pour la santé

 

Roland CASH

Il se passe de nombreux événements inhabituels depuis quelques semaines, y compris dans le domaine des finances hospitalières. Avant la crise du Covid-19, on était dans une situation d'extrême rigueur dans la gestion de l'évolution des dépenses de soins. Il avait fallu des mois de grève et de manifestations pour que les acteurs hospitaliers obtiennent un plan d'urgence pour l'hôpital à l'automne 2019, de 1,5 milliards d'euros sur 3 ans, avec octroi de primes pour les soignants, reprise d'un tiers de la dette des hôpitaux publics, plan d'investissement, et révision en conséquence de l'ONDAM.

Quelques mois plus tard, une fois que tout le monde a pu constater concrètement que les soignants savaient soigner, étaient même héroïques face à la crise sanitaire, les milliards pleuvent. L'enveloppe de dépenses exceptionnelles pour la santé ne cesse de croître : 4 milliards d'euros de dotations pour les achats de matériels ; promesses de primes et de revalorisation des salaires des personnels soignants avec déjà des décisions prises en ce sens mi-avril à hauteur de 1,3 milliards ; annonce d'un plan d'investissement. La circulaire budgétaire d'avril 2020 engage 377 millions d'euros pour aider les établissements de santé à financer une partie des dépenses engagées pour faire face à l'épidémie, auxquels s'ajoutent, par anticipation, 246 millions pour les établissements en grande difficulté financière. Au total, une enveloppe spécifique de 8 milliards d'euros est débloquée.

Il ne s'agit pas de déclarer qu'on aurait pu y penser plus tôt, rien ne sert de refaire l'histoire, mais ce revirement complet conduit à se poser au moins deux questions : ce desserrement des dépenses de soins sera-t-il pérenne ? Et que faire de ces montants supplémentaires une fois la crise passée ?

Nous sommes entrés dans une période durable de récession économique. Les financements publics vont être sous pression, encore plus qu'auparavant. Seul le recours massif à l'endettement permet de « tenir » mais jusqu'à quel point est-il viable de mener une telle politique ? Aussi, se posera la question des priorités de financement. Les choix de politique économique sont par nature des choix d'arbitrage entre les multiples activités à financer. La santé bénéficiera-t-elle d'un statut nouveau de secteur prioritaire ? C'est bien possible, tant il est évident que les citoyens seraient en phase avec une telle orientation. On ne voit pas bien au détriment de quoi, mais c'est une autre question.

Il reste que les problèmes nombreux d'inadéquation entre l'offre de soins et la demande subsistent et qu'il est toujours aussi urgent de chercher à les résoudre. Le système de soins est conçu pour faire face à des pathologies aiguës, des épisodes ponctuels, avec le succès que l'on constate en ce moment, mais n'est pas organisé pour prendre correctement en charge le poids croissant des maladies chroniques, des polypathologies, de la gériatrie... La réforme du système, portée par le plan « Ma Santé 2022 », doit rester d'actualité ; elle ne peut qu'être facilitée dans le cadre d'une enveloppe de dépenses plus favorable, mais ne devra pas être reportée.

 

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