La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

La COVID, ce fléau qui met à l'épreuve le lien entre le monde sanitaire et la sphère sociale et médico-sociale

 

Bruno GALLET

Directeur des finances et du patrimoine du groupe hospitalier
Paul Guiraud et de Fondation Vallée

Directeur par intérim du GCSMS « Les EHPAD publics du Val-de-Marne »

La pandémie qui sévit actuellement, avec une deuxième vague plus précoce et importante que prévu, bouleverse le monde et nos mondes. En même temps qu'elle fragilise les grands équilibres économiques mondiaux, elle réintroduit des clivages culturels. C'est le cas entre deux mondes qui se sont souvent faits des reproches mutuels mais avaient appris ces dernières années à coopérer, le monde sanitaire et la sphère sociale et médico-sociale.

La pandémie réactive un vieux clivage idéologique entre ces deux empires de la prise en charge et de l'assistance aux personnes, cependant cette fois-ci, le schisme ne vient pas des acteurs de terrain mais découle des priorités fixées par les pouvoirs publics. Ces derniers ont en effet basé toute leur stratégie sur le capacitaire de réanimation et le pourcentage de ces lits occupés par des patients atteints du COVID. Ce sont ces critères qui ont déterminé le choix des deux confinements opérés sur la nation.

Dans une époque marquée par des politiques publiques promouvant les parcours de soins et de vie ainsi qu'une meilleure articulation entre l'hôpital, les partenaires médico-sociaux et la médecine de ville, nos gouvernants ont piloté la gestion de la crise sanitaire par un prisme étroitement sanitaire. Ce constat est à relier au choix de la gouvernance retenue pour contrer la pandémie. Le conseil de défense, instauré par le Président de la République, est une instance finalement très resserrée, en très grande majorité composée de médecins. Ces experts ont façonné la réponse à la crise en fonction de leur champ d'observation et d'analyse, dans lesquels les préoccupations économiques et sociales ont forcément une moindre place.

On est donc passé en quelques jours de la promotion d'une transversalité dans l'approche de la prise en charge des patients et usagers à la résurgence de vieux réflexes hospitalocentrés guidés par la préoccupation d'un ordre public sanitaire capable d'endiguer l'épidémie.

L'autre conséquence de ce choix des pouvoirs publics est la perspective d'une explosion des problématiques sociales en France. La stratégie d'un premier confinement généralisé et absolu sur l'ensemble du territoire a durement mis à l'épreuve le monde économique. L'épuisement des fonds propres et trésoreries des entreprises et commerces va se traduire par de nombreux dépôts de bilan et le retour à un chômage de masse. De tels phénomènes économiques vont engendrer une détresse sociale de grande ampleur, à laquelle les acteurs en présence du secteur social et médico-social auront beaucoup de mal à répondre. La priorité absolue donnée au monde sanitaire se fait au détriment de l'action sociale, car elle-même est tributaire de la vitalité économique du pays. Or celle-ci a été empêchée par des mois de confinement et ses problèmes associés, à savoir la paralysie des échanges, le gonflement des déficits et de l'endettement. Dans notre contexte, l'interaction entre le monde économique et la sphère sociale apparaît bien plus forte que celle qui relie cette dernière au monde sanitaire.

Il faudra pour 2021 redonner du sens à ce lien entre le monde sanitaire et la sphère sociale et médico-sociale pour retrouver une vision stratégique et humaniste de la prise en charge.

 

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