La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

La réforme du financement parviendra-t-elle à donner à la psychiatrie les moyens de sa mission ?

 

Hélène de Faverges

Directrice d'hôpital

Dans une tribune publiée dans Le Monde du 18 juillet 2020, le Pr Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie de l'hôpital Robert Debré (AP-HP) alerte sur la situation dramatique des urgences pédopsychiatriques. Les cas d'enfants apeurés qui dorment plusieurs nuits au SAU et pour lesquels aucune solution pérenne n'est trouvée sont légion. L'auteur, soutenu par son équipe médicale et paramédicale, s'interroge dans un salutaire coup de poing : « avons-nous décidé collectivement d'être négligents avec la santé mentale de nos enfants ? ». La pédopsychiatrie hospitalière, en souffrance depuis longtemps, peine à former, recruter, fidéliser ses médecins et soignants, alors même que la prévalence de souffrance psychique chez les enfants ne cesse d'augmenter, avec des répercussions tragiques à l'âge adulte. En cause pour R. Delorme, l'insuffisance des capacités d'accueil et l'absence de sectorisation contraignante, conduisant chacun à se défausser du petit patient, qui finit par s'étioler aux urgences.

La psychiatrie adulte n'est pas mieux lotie - en témoignent les alertes de ces dernières semaines sur des patients, passibles de la contrainte, maintenus aux urgences faute de capacités d'accueil. En cause là aussi, des conditions de travail rudes, obérant recrutement et fidélisation des personnels.

C'est dans ce contexte d'extrême tension que va se déployer la réforme du financement de la psychiatrie.

Après le MCO et le SSR, la psychiatrie est le dernier secteur du soin à moduler la répartition de ses ressources. Au contraire du SSR, qui avait subi l'équation impossible d'une réforme à moyens constants, conduisant des établissements un peu moins sinistrés que d'autres à payer pour ceux-ci, la psychiatrie devrait bénéficier d'une enveloppe majorée, permettant d'augmenter l'allocation des régions les moins riches sans appauvrir celles qui se portent mieux. Ce point de départ était une condition sine qua non pour ne pas mettre en péril les prises en charge que les communautés hospitalières, plutôt créatives et vertueuses, ont développées sous dotation globale, pour absorber à moyens quasi constants des cohortes de patients toujours plus lourds, plus agités, plus nombreux.

Considérant que la pathologie n'était pas le bon mode de description de l'activité, les psychiatres avaient rejeté le PMSI psychiatrique. C'est ainsi qu'a été élaboré un système mixte, empruntant la dotation populationnelle aux Hôpitaux de proximité, et la modulant d'une part corrélée à la file active. Soulignons qu'il s'agit de la file active et non des journées produites, ce qui constitue une pénalité pour les hôpitaux dont les patients sont hospitalisés de manière itérative ou longue - bien que la durée de séjour puisse être thérapeutique. S'y adjoignent des compartiments annexes, dont les montants seront probablement modestes, en vue d'inciter au codage, à la structuration de la recherche, à l'amélioration de la qualité ou à la mise en oeuvre de prises en charge innovantes.

Ce dispositif, complexe et encore très théorique - les ARS seront responsables de sa déclinaison locale - méritera d'être détaillé.

 

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