La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

Le déconfinement des hôpitaux est en marche...

 

Karim AMRI

Directeur d'Hôpital et ex-Administrateur Provisoire

Le Ségur de la Santé, qui a voulu acter un tournant dans les politiques de Santé, va bientôt fêter son premier anniversaire.

La LFSS 2021 prévoit ainsi plus de 8 Mds de plus par rapport à 2020, faisant évoluer l'ONDAM à près de 93 Mds €, ce qui sur un plan budgétaire, se traduit par une campagne 2021 avec des tarifs en augmentation moyenne de plus de 7% par rapport à 2020.

Ces « ajustements » financiers visent ainsi à tenir compte, via une méthodologie assez inattendue d'élaboration des coûts, de l'ensemble des revalorisations salariales qui ont été prises depuis 2020, des surcoûts COVID, de la garantie de financement, etc.

19 Mds € ont également été gagés, en matière d'investissement « Santé » pour les dix prochaines années, dont 6,5 Mds € en vue de participer à la restauration des capacités financières des établissements.

Le choix de la gestion de crise, ante et post covid, s'est manifestement orienté vers celui du prisme d'une allocation « extraordinaire » de moyens (dont certains dits de rattrapage) et ce, quitte à surseoir pour l'heure aux précédents objectifs de transformation structurelle.

Si ce tournant dont la portée de « déconfinement budgétaire » est certes visible, n'a pas ainsi opté pour une « refonte » organisationnelle, excepté les dernières adaptations en matière de gouvernance médico-administrative au sein des hôpitaux et une ingénierie « investissement » dont nous seuls avons l'art et la manière d'en maîtriser toutes les arcanes (Conseil Scientifique, CNIS, ARS, COPILO), il laisse toutefois en suspens la question du modèle futur.

Les sujets en lien avec le pilotage du système et des GHT ont été maintenus à ce stade. Ainsi, ni les éventuels transferts de compétences entre acteurs, ni la question du découpage des GHT, et ni également la question de la personnalité morale ont été abordés alors même que l'IGAS [1] en avait fait état.

Le financement dont la part « activité » a baissé substantiellement au profit de dotations diverses et dont l'augmentation mécanique a été acté au moins jusqu'en 2022, pose également le sujet de sa pérennité au regard de ses dernières évolutions.

Le Ségur 2020, pour des raisons d'agenda en lien avec la gestion de crise Covid, mais également pour des raisons d'orientations stratégiques déjà assez lourdes à porter, n'a manifestement pas pu répondre à l'heure actuelle à tous les autres sujets organisationnels en débat (soulignés dans différents rapports) depuis plusieurs années.

Ainsi, face aux problématiques de fonctionnement, d'épuisement des équipes, de manque de sens, il a principalement été privilégié le recours à la baguette du financement.

Cette baguette « dette sociale » de 136 Mds € aux vertus certes magiques, qui permet de passer un cap social et sociétal critique, et qui nous contraint également dans nos échéances et ce, jusqu'à horizon...2033, permettra-t-elle in fine la transformation de notre système de santé, telle que déjà souhaité dans le cadre de ... « Ma Santé 2022 » ?

Notes :

[1] Rapport Igas, Bilan d'étape des GHT, Décembre 2019.

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