La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

Les listes d'attente comme outil de pilotage

 

Dr Alain SOMMER

Directeur Général - MOM

Nous avons toujours pensé Gestion des ressources et nous faisons face à une pénurie de ressources humaines. La pénurie de soignants et la perte d'attractivité des métiers de santé modifient profondément et durablement le fonctionnement des établissements. C'est simple : pas de soignants, pas de soins. Les études de la DREES montrent que les pénuries dureront au moins 10 ans. Face à une demande croissante, la baisse de production de soins aboutit à la perte de chance des patients, à des listes d'attente et des passes droit, des refus de soins. Les mauvaises performances des urgences, de la néonatalité s'étendront à d'autres spécialités. Les autres pays connaissent peu ou prou les mêmes difficultés, comme le montrent les résultats des études récentes de l'OCDE. Les coûts des actes et des prises en charge augmenteront car les pénuries diminuent la production sans diminuer les charges fixes. Les déficits entraineront une baisse des investissements, perpétuant la dégradation. La situation financière du pays n'augure rien de bon à ce propos.

Avec moins de ressources médicales, la production de soins se réduira sauf si la productivité et le temps de travail effectif augmentent pour accroitre l'utilisation des ressources. L'action sur la demande de soins ne donnera pas de résultats significatifs à court terme. Le foisonnement des nouvelles technologies et le développement de l'IA accélèrent la production de soins. Seront-ils suffisants, même si la pénurie de ressource médicale est un puissant accélérateur à leur diffusion ? La rémunération à l'acte et à l'activité incite classiquement les soignants et les établissements à produire plus. Elle n'est pas bien vue. L'évolution vers deux systèmes de santé, public et privé, accroitra les coûts du système privé tout en détournant des ressources du système public. Les prises en charges sont complexes. En se morcelant, le système de santé perdra en de nombreux bassins de populations sa taille critique, et réduira le taux d'utilisation des ressources.

La mobilisation des capacités de soins passe d'abord par la mesure de leurs capacité à répondre aux besoins. Pourquoi ne pas mobiliser les établissements sur des objectifs de réduction des listes d'attente ? L'essentiel des mesures régulant la qualité de la production de soins a été adoptée (autorisations et règlementations) notamment grâce à la HAS. Pourquoi ne pas travailler sur les résultats en « tirant » les mesures en identifiant en permanence les besoins non satisfaits dans des délais raisonnables ? Il existe un dispositif complet de mesures de santé publique sur l'état de santé des « Territoires ». Mais il n'existe pas de mesure en temps réel des demandes de soins non satisfaites dans des délais raisonnables. Les listes et durées d'attente doivent être rendues publiques. Cela permettra de mettre en évidence les performances des plateaux techniques et les zones de sous activités et/ou de sous productivité de façon quasi instantanée. Il sera possible alors d'envisager des actions de coopération et de répartition des patients entre acteurs de santé basées sur des données objectives. Aujourd'hui, qui connait les listes d'attente et les délais de traitement pour des cancers ? Pourquoi les délais de rendez-vous pour les consultations par bassin de populations ne sont-il pas publics ? Les ARS pourront alors organiser des coopérations guidées d'abord par les résultats. D'autres pays ont développé des mesures objectives des listes d'attente par prise en charge. Orienter les actions vers les résultats c'est donner une incitation positive et ne plus se limiter à des lamentations sur les manques de financement et de moyens. Visualiser les listes d'attente permet de mieux organiser l'utilisation des ressources disponibles.

 

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